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Projet politique et projet de société

Les enjeux du développement de l’Afrique dans le contexte de la mondialisation

Le premier enjeu est politique. L’Afrique a une capacité de moins en moins grande d’un contrôle efficace de son espace territorial. Les grandes décisions économiques et financières qui la concernent sont souvent prises sans elle. L’approche idéologique de la privatisation ôte aux Etats africains les moyens économiques et financiers qui leur permettraient de jouer un rôle central dans le développement de la société. Sans nier l’Etat-nation qui reste véritablement le seul espace pertinent d’exercice de la citoyenneté, le lieu d’implication et de mobilisation des individus dans l’ordre politique, les Etats africains doivent, à la fois, transférer des compétences vers le haut à des organes supranationaux dans un certain nombre de domaines qui touchent aux biens publics mondiaux et vers le bas à leurs citoyens pour permettre à ces derniers d’être acteurs de leurs choix.

Le deuxième enjeu est d’ordre culturel. On assiste à une diffusion généralisée d’une culture standardisée, marquée par la logique du marché, qui a tendance à remettre en cause les identités locales, régionales, nationales. Plutôt que d’être « archaïques », ces diverses expressions culturelles sont, au contraire, des attitudes modernes. Ce sont des réactions contemporaines, de personnes immergées dans la modernité, qui diffèrent les unes des autres en fonction du positionnement qu’elles ont, ou souhaitent avoir, dans la société. Le développement de l’Afrique au plan culturel passe par l’affirmation de la diversité des cultures, le respect de leurs évolutions et la résistance à toute idée de « guerre des cultures ».

Au plan économique, la mondialisation a accentué la paupérisation économique et sociale des hommes et des femmes des pays africains. Les choix stratégiques faits par les pays africains depuis les indépendances ont trop rarement permis à ces derniers d’amorcer leur processus de développement économique. Bien souvent, le niveau de vie des populations n’a cessé de se dégrader. Aujourd’hui, l’objectif de l’aide publique au développement n’est plus le développement des pays africains mais plutôt la lutte contre leur paupérisation et leur endettement excessif. L’une des premières conséquences de cette redéfinition de l’objet de l’aide au développement est qu’elle a sorti les dirigeants africains et leurs concitoyens d’une dynamique d’autopromotion, d’une volonté clairement affichée de développement économique. La seconde conséquence est qu’on est passé du financement des budgets de développement dans le cadre de plans comportant des investissements ou des programmes de développement ayant des perspectives de pérennité à des financements d’aide destinés trop souvent à des « opérations de survie ». L’enjeu des pays africains au plan économique est de remettre le système productif dans l’agenda des actions de lutte contre la pauvreté, de s’insérer dans la construction d’un co-développement économique entre les nations africaines et entre l’Afrique et l’Europe.

Du fait de leur dépendance et de la lutte permanente que mènent les Etats africains pour ne pas perdre leur souveraineté politique, culturelle et économique, l’Afrique plus que tout autre continent est aujourd’hui la mieux placée pour comprendre que l’avenir est planétaire et que la volonté nationale si elle reste nécessaire, ne suffit plus pour assurer le progrès. Ce positionnement de l’Afrique lui a permis de développer une capacité indéniable de lutte pour la survie. C’est une force qui devrait lui permettre de défendre dans toutes les instances internationales auxquelles elle participe, l’idéal de solidarité et d’universalité.

La place de la société civile dans le développement de l’Afrique

Les mutations qu’ont connues les Etats africains du fait de la mondialisation ont montré qu’ils ne pouvaient pas tout faire et en particulier qu’ils ne pouvaient, ni ne devaient, avoir le monopole de l’élaboration d’une vision globale du développement ou du modèle social. La société civile, en tant que partenaire de l’Etat, a l’obligation morale de contribuer à l’élaboration de cette vision globale du développement national et à la réalisation d’opérations de développement sur le terrain.

Certaines composantes de la société civile essaient de jouer ce rôle en venant en aide aux populations pauvres ou en s’occupant des questions que les Etats ne considèrent pas comme prioritaires faute de moyen ou de volonté politique. La société civile africaine a également participé ces dernières années à de nombreux sommets au cours desquels des questions concernant les grands « périls communs » de l’humanité ont été traitées. Cependant, la société civile africaine est encore à l’image de l’Afrique actuelle : suiviste, pauvre, dépendante. Les composantes de la société civile africaine tiennent l’essentiel de leurs ressources soit des institutions de coopération installées dans le pays, soit des bailleurs de fonds internationaux. Certes, certaines d’entre elles font un effort d’autofinancement, mais la proportion reste faible. Cette précarité financière les inscrit dans une instabilité financière et par conséquent idéologique. La concentration des activités dans certains secteurs est plus fonction de la générosité financière des bailleurs sur ce secteur que de la conviction des opérateurs ou de la capacité de ce secteur à amorcer un réel développement.

De fait, la société civile africaine est encore perçue par ses principaux partenaires (Etat, organisations internationales, autres partenaires du développement, etc.) avec une pointe de suspicion. Et, malgré le discours officiel qui est la participation de la société civile à tous les processus de lutte contre la pauvreté, des mécanismes informels semblent se mettre en place pour diluer et réduire cette participation à sa dimension folklorique.

Pour surmonter ces contraintes, il convient à la fois de renforcer la pérennité institutionnelle des organisations existantes ayant une vision et promouvoir la structuration d’acteurs non encore organisés afin qu’ils trouvent un cadre d’expression et de participation, à côté de l’Etat et des autres acteurs, à la gestion de la « chose publique ». Il faut également les accompagner dans l’acquisition d’une autonomie leur permettant d’assumer leurs responsabilités ou d’exprimer certaines revendications, de négocier leurs choix vis-à-vis du pouvoir politique et des autres partenaires. Les politiques de décentralisation en cours dans plusieurs pays africains pourraient jouer un rôle important dans ces processus de renforcement.

Un projet de société

  • Il s’agit, tout en agissant « dans » la mondialisation, de participer à la définition et à la mise en œuvre de stratégies de développement solidaire, d’inventer des réponses collectives et d’accompagner la construction de la société africaine.
  • Une société guidée dans ses actions par le respect des besoins et des droits fondamentaux de l’homme. Une société qui respecte l’homme, sa culture, qui valorise les potentiels, les savoirs et savoir-faire locaux enrichis au contact des autres cultures.
  • Une société qui favorise les aspirations et valorise les initiatives des populations à la base. Une société qui s’organise pour analyser les évolutions de son environnement, organise de larges consultations auprès des acteurs et des bénéficiaires concernés, formule des propositions et les fait connaître auprès de décideurs, pour orienter et influencer leurs choix.
  • Une société qui renforce le capital social des individus, des familles, des communautés villageoises et régionales. Une société qui accroît les capacités de gestion et de coopération entre individus et communautés, augmente leur autonomie, les ouvre sur l’environnement, développe leur capacité à se faire entendre par les administrations et les collectivités locales.
  • Une société qui reconnaît la complémentarité entre l’Etat et la société civile et qui considère la concertation, la participation et la cogestion comme une valeur ajoutée pour l’efficacité dans la gestion des biens communs. Une société qui privilégie le débat plutôt que le combat, développe la solidarité, le dialogue et le sens du compromis.
  • Une société qui favorise le développement décentralisé, qui promeut des dynamiques locales, élabore et met en œuvre des projets de territoire concertés, qui permet l’expression des spécificités régionales, dans un ensemble plus vaste d’intégration nationale et sous régionale.

Le management des connaissances au service du développement